Patrick Vaughn Stump – chant, guitare
Joe Trohman – guitare
Andy Hurley – batterie
Pete Wentz – basse, choeurs
Quand il était petit, Pete Wentz (le bassiste et parolier de Fall Out Boy) aimait lire des livres pour enfants, tels que « Curious George », « Babar » et les histoires de Richard Scarry. Mais son livre préféré était « Ferdinand le petit taureau » de Munro Leaf : l'histoire d'un taureau géant qui s'assoit sous un chêne-liège pour apprécier le parfum des fleurs, au lieu de descendre dans l'arène se battre contre le torero. Wentz fut tellement marqué par cette histoire qu'il en tira le titre de l'album qui fera connaître le groupe au grand public : From Under the Cork Tree.
« J'estime que c'est une métaphore étonnante concernant la manière dont peuvent se comporter les gens, déclare Wentz. Il y a quelque chose de véritablement mémorable à s'engager dans sa propre voie, sans emprunter nécessairement le chemin auquel on était apparemment destiné. »
Cette leçon, Fall Out Boy ne l'a pas oubliée. Au terme de sa tournée de promotion du premier album (Take This To Your Grave) le groupe fut submergé de louanges venant tout autant des fans que des critiques. Et tous de réclamer une suite à ce premier album. Pourtant, plutôt que de se remettre immédiatement à la composition d'un nouvel opus, Fall Out Boy prit le temps de chercher, de tâtonner, d'expérimenter, de manière à trouver les sonorités et les textures optimales. Et le résultat (From Under the Cork Tree) n'en est que plus subtil, plus durable et plus irrésistible.
« Nous aurions facilement pu régurgiter une variante de l'album précédent, ce que d'aucuns attendaient d'ailleurs de nous, fait remarquer Wentz. Mais quand toute cette histoire sera terminée, nous voulons qu'on se souvienne de nous comme d'un groupe de rock qui a repoussé certaines limites, un groupe sincère et parfaitement honnête avec lui-même et avec les fans. Quand nous aurons 90 ans, sur nos lits de morts, nous serons contents d'avoir au moins su prendre des risques. »
From Under the Cork Tree déborde de l'énergie d'un événement sportif et vibre de la pulsation des fêtes réussies, tout en étant aussi honnête qu'une discussion au confessionnal. Le premier single « Sugar, We're Going Down » se présente sous forme d'un mélange dynamique de guitares puissantes, de batteries cinglantes et de voix poignantes. « Dance, Dance » commence par une ligne de basse élastique (qui n'est pas sans rappeler (The Cure) avant de se métamorphoser en un morceau rock trépignant au refrain imparable. « Champagne For my Real Friends, Real Pain For My Sham Friends » se développe et prend de l'ampleur sur la base de riffs accrocheurs qui s'enchaînent. Le crépitement d'une boîte à rythme passagère teinte le morceau en contrepoint du chant.
« Lorsque nous avons composé Take This To Your Grave nous écoutions beaucoup Green Day, The Descendents et plein de hard-core, explique Wentz, commentant la diversité de l'album. Mais à présent nous écoutons un éventail musical bien plus large, qui nous influence sans que cela nous détourne de nos racines. Je pense qu'il est important de connaître sa place. Mais à l'intérieur de ces limites, le spectre à explorer est gigantesque. »
Autre différence de taille entre From Under the Cork Tree et son prédécesseur : le processus d'élaboration des chansons. Précédemment, Stump et Wentz avaient écrit et composé tous les titres ensemble. Cette fois-ci, l'effort a été plus collectif, dans la mesure où le guitariste Joe Trohman et le batteur Andy Hurley y ont été impliqués. La composition s'est effectuée de manière plus harmonieuse . . . et Fall Out Boy s'est retrouvé avec 25 titres parmi lesquels choisir ceux qui figureraient finalement sur l'album. En outre, il est fréquemment arrivé cette fois-ci que Stump crée des mélodies à partir des sentiments que lui inspiraient les paroles écrites par Wentz, alors que la fois précédente c'était plutôt le contraire. « C'est toujours délicat de mettre des paroles écrites par quelqu'un d'autre sur une musique déjà composée, car en chant, chacun possède une cadence qui lui est propre, et cela peut affecter toute la dynamique du titre, explique Stump. J'ai trouvé dans ses paroles des choses qui m'ont énormément plu, et à plusieurs reprises j'ai composé la musique de façon à les mettre en valeur. »
Une bonne approche, pour saisir l'identité véritable de Fall Out Boy, est de saisir ce que le groupe n'est pas. Exemple : la musique de Fall Out Boy contient des éléments punk et pop ; pourtant ce n'est pas un groupe pop-punk. De même, les morceaux sont souvent empreints d'une grande émotion et les paroles sont poignantes ; pour autant Fall Out Boy n'est assurément pas un groupe emo. En puisant dans des genres que le groupe apprécie, Fall Out Boy parvient à se forger un son qui lui est propre, tout en se tenant à bonne distance des genres préétablis.
Une des caractéristiques de Fall Out Boy est un humour noir particulièrement caustique, qui se traduit par des formules aussi efficaces que judicieuses. « Written on my wrist says do not open before Christmas » en est un bel exemple : sur mon poignet, il est écrit Ne pas ouvrir avant Noël. (in « Our Lawyer Made Us Change The Name Of This Song So We Wouldn't Get Sued » - Notre avocat nous a demandé de modifier le titre de cette chanson pour éviter le procès. ) De même, les paroles de chansons comme « Champagne For my Real Friends, Real Pain For My Sham Friends » (Champagne pour mes vrais amis, Douleur Insoutenable pour mes faux amis) et « You're A Concrete Boy Now (Do Your Part to Save the Scene and Stop Going to Shows : Assume ton rôle pour contribuer à sauver la scène : cesse de venir aux concerts ) sont hilarantes, à la lisière de l'absurde. L'un des titres les plus ingénieux étant « A Little Less Sixteen Candles, a Little More 'Touch Me' » (Un peu moins 16 bougies, un peu plus de 'caresse-moi')
« Quand j'étais petit, je recevais le magazine Circus. A la fin, il y avait toujours des annonces pour commander des affiches, se souvient Wentz. Et systématiquement il y avait une photo ultra aguichante de Samantha Fox qui chantait « Touch Me. » Ma mère refusait que je commande ce poster, alors je me contentais de découper la photo dans le magazine et, partout où j'allais, je me trimballais avec. Nous avons passé notre enfance non loin de Shermerville, tout près de là où se déroule l'action des films de John Hughes – c'est de là que vient la référence Sixteen Candles. Ça m'amuse, parce que parmi les gens qui nous écoutent, je doute qu'il y en ait beaucoup qui connaissent Samantha Fox. Mais certains auront peut-être la curiosité d'en savoir plus en cherchant sur Internet, et grâce à nous, ils tomberont sur ces magnifiques photo d'elle, seins nus. C'est une première possibilité. L'autre possibilité, c'est qu'on reçoive des tonnes de courrier d'insultes ! »
Fall Out Boy s'est formé à Chicago sur les cendres de différents groupes hard-core. Wentz avait Trohman comme ami d'enfance, et avait déjà joué dans un groupe avec Hurley. Si bien que quand leur autre groupe implosa, les trois gars se réunirent pour jammer. Peu de temps s'écoula avant qu'ils rencontrent Stump, dont la voix avait d'indiscutables qualités mélodiques, donnant l'impression d'être toujours à la limite de la rupture. Une fois que tous les ingrédients furent réunis, les musiciens n'affichèrent pas non plus des ambitions démesurées. « Nous avions juste envie de faire quelque chose de différent, sans vouloir nécessairement pousser le bouchon plus loin, explique Wentz. Nous n'avions même pas trouvé de nom pour le groupe. C'est seulement à la fin du deuxième concert, alors qu'on avait joué dans une fac, qu'on a demandé à la cantonade comment on pourrait bien s'appeler. Et quelqu'un a lancé « Fall Out Boy » !
Originaire du Midwest et non pas d'un grand pôle artistique comme Los Angeles ou New York, le groupe avait au départ peu de chances de se faire remarquer à l'échelon de l'Amérique. Mais cette contrainte a obligé Fall Out Boy à mettre les bouchées doubles. Et ce fut une chance ! Fall Out Boy eut ainsi le loisir de mûrir à son rythme, loin de la pression démesurée fatale à tant d'autres, et put ainsi harmonieusement devenir le groupe que nous connaissons aujourd'hui. Une fois que tous les musiciens eurent trouvé leur place et que le nom du groupe fut confirmé, Fall Out Boy enregistra une maquette trois titres. Tous les labels auxquels ils pouvaient penser en reçurent une copie. Plusieurs d'entre eux se montrèrent intéressés. Mais c'est finalement avec le label indépendant Fueled by Ramen que Fall Out Boy signa son premier album Take This To Your Grave, lequel se vendit à plus de 200 000 exemplaires. « Nous avons décidé de signer avec Fueled by Ramen parce que le label manifestait le désir de travailler sur le long terme, commente Wentz. Et c'est sans doute la meilleure décision que nous ayons jamais prise ! »
Pour s'adresser à un public plus large, Fall Out Boy a décidé de faire équipe avec Island Records : le groupe s'adressera ainsi aux fans de la première heure tout en s'adressant à un public tout à fait autre. « Avec cet album, notre ambition est plus grande, nous visons plus haut, dit Wentz. Il n'est pas question de décevoir les 200 000 personnes qui nous suivent avec passion et boivent chacune de nos paroles. Nous avons également composé cet album à la fois pour tous les gens qui n'ont pas encore entendu parler de Fall Out Boy et pour nos fans. Quand George Lucas a fait « Le Retour du Jedi » il s'adressait au public qui avait vu « La Guerre des étoiles » mais aussi aux gens qui n'étaient pas nés au moment de la sortie de la trilogie. C'est le type d'objectif que nous nous sommes fixés. »




